Coordination des soins : un Forum tourné vers l’avenir

Une cinquantaine de personnes ont participé, le 19 septembre, au Forum sur la coordination entre médecins du 1er et du 2ème recours, organisé par l’URPS-ML à Orléans.

Deux exposés ont ouvert les débats, le premier par le Dr Jean-François Thébaut, membre du collège de la HAS et président de la Commission des Parcours et Pratiques auprès de cette institution, le second par Jean-Pol Durand, journaliste honoraire, ancien membre de la Commission Amélioration des pratiques professionnelles et de la Sécurité des patients à la HAS.

Le Dr Thébaut a tenu d’emblée à souligner la « capacité d’adaptation de la médecine libérale face aux contraintes imposées par les pouvoirs publics » et l’excellente « cote » des médecins libéraux auprès de la population. Les patients reconnaissent en effet  l’action « indispensable et irremplaçable » de cette « médecine libérale spécialisée de proximité » qui est une originalité française.

Selon cet ancien cardiologue libéral, la coordination entre médecins libéraux de 1er et de 2ème recours va nécessiter de réaliser des diagnostics de territoire pour bien connaître les ressources médicales disponibles et de définir des conditions de prise en charge hiérarchisées et protocolisées des patients, et de partage de l’information.

Pour peu qu’on lui en laisse le temps, par exemple en déléguant des tâches administratives à un autre professionnel que lui, « le médecin traitant va devenir le chef d’orchestre du parcours de soins » et tout médecin libéral « un producteur et intégrateur de données fournies par le patient ». La « décision partagée », qui découle de la coordination des soins, va imposer de nouvelles modalités de rémunération, d’organisation du temps de travail et de modes d’exercice (qui seront de plus en plus collectifs).

En conclusion, le Dr Thébaut a insisté sur le fait que « le système de soins ne peut marcher du haut vers le bas ». Il doit au contraire reposer sur les territoires (bassins de vie, pays…) et les initiatives locales (pôles de santé, équipes de soins primaires, groupes qualité…). À charge pour les URPS et les ARS d’identifier avec les acteurs locaux de la santé ce qui manque sur un territoire pour favoriser la coordination et l’accès à des soins de qualité, grâce aux diagnostics territoriaux établis par les professionnels de santé en lien avec les contrats locaux de santé (CLS).

Jean-Pol Durand, pour sa part, a présenté un tour d’horizon sur l’organisation du parcours de soins en Europe et aux États-Unis, en particulier l’Obama Care, la réforme du système de santé américain qui s’appuie sur une cinquantaine d’innovations, parmi lesquelles le PCMH (Patient Centered Medical Home), maison de santé de premier recours. Le PCMH propose au patient d’avoir un médecin personnel, lequel dirige une équipe joignable 24 heures sur 24 et se coordonne avec d’autres acteurs de la santé.

« La coordination ne marchera en France que lorsqu’elle sera rémunérée », a conclu Jean-Pol Durand.

Ce Forum a également permis de rappeler la nécessité de multiplier les stages d’internes en médecine libérale et le nombre de MSU (maîtres de stage universitaires) pour encourager les futurs médecins à opter pour la médecine libérale. Le Dr Elodie Alary, jeune médecin généraliste, a ainsi témoigné de l’intérêt de son double stage chez le Dr Laurent Bréchat, au sein de la MSP d’Avoine (37), puis chez trois pédiatres orléanais, dont le Dr Fabienne Kochert. Elle a rappelé l’utilité de disposer, pour les internes en stage ou les remplaçants, d’une liste de correspondants de 2ème recours pour faciliter la coordination des soins et la prise en charge rapide d’un patient.

La journée s’est achevée sur deux présentations de solutions opérationnelles visant à améliorer la coordination en médecine libérale.

Le Dr Dominique Engalenc, co-responsable de la Commission Formation médicale de l’URPS, a exposé le projet ISOA 18 (Institut de soins ostéo-articulaires du Cher), porté par le Dr Denis Rolland, rhumatologue à Bourges, dont l’objectif sera notamment de maintenir une offre spécialisée en rhumatologie dans le Cher et de démontrer l’efficacité d’une prise en charge coordonnée en milieu libéral spécialisé de 2ème recours.

Les Drs Jean-Michel Lemettre et Jean-Pierre Peigné sont, quant à eux, revenus sur les avancées que permettent ces deux outils d’échange et de partage de l’information : la messagerie sécurisée Apicrypt et le Volet de synthèse médical (VSM) du Dossier médical personnel (DMP) en cours d’expérimentation en région Centre – Val de Loire.