Télé-dermatologie : retours d’expérience plutôt positifs

L’URPS-ML vient de faire un point d’étape sur l’expérimentation de télé-expertise en dermatologie, via l’utilisation du logiciel COVOTEM, qui a débuté le 23 février entre quatre médecins généralistes et un médecin dermatologue. D’autres médecins pourraient se lancer dans l’expérimentation au vu de ces retours d’expériences plutôt concluants, en dépit de points qu’il faudra corriger. Voici le témoignage du dermatologue et de deux de ses confrères généralistes.

Le Dr Florence Dupuis-Fourdan, dermatologue, a traité 30 demandes d’avis (dont 3 suivies d’une consultation) en plus de trois mois, émanant de quatre généralistes, dont un a rapidement arrêté l’expérience en raison de problèmes techniques. « Le bilan s’avère plutôt positif, résume-t-elle. Les généralistes ont reçu une réponse rapide à leur demande, qui a permis de sélectionner, parmi les patients concernés, ceux qui avaient besoin d’un diagnostic urgent ou d’être vus en consultation. Les patients, eux, se sont dits ravis : ceux que j’ai vus à mon cabinet ont trouvé le système très pratique et ont été rassurés d’être très vite pris en charge. Pour la dermatologue que je suis, il n’a cependant pas toujours été facile de faire un diagnostic, le cliché de la lésion nécessitant en complément un cliché avec examen dermatoscopique ou n’étant pas assez net. Par ailleurs, si pour le dermatologue l’expertise, rémunérée 14 €, prend moins de temps qu’une consultation, ce n’est pas le cas pour le généraliste, qui doit prendre la photo, remplir le dossier et l’envoyer au dermatologue sans être rémunéré. De plus le généraliste ne reçoit jamais de mail d’alerte quand lui parvient une réponse du dermatologue, alors que le dermatologue, lui, est prévenu automatiquement lorsqu’une demande lui est envoyée par un confrère généraliste et lorsqu’un dossier est clos par le généraliste. Mais en ce qui me concerne, la plateforme COVOTEM m’a paru simple à installer et facile à utiliser.

Le système me paraît donc mériter d’être étendu à d’autres correspondants généralistes, en particulier ceux exerçant en milieu rural et ayant une patientèle âgée, en sachant que le dermatologue peut donner un avis sur des lésions cutanées isolées ou non, pigmentées ou non, ou sur un exanthème, mais pas sur des plaies chroniques qui relèvent d’une téléconsultation avec dialogue direct avec le médecin ou l’IDE de l’EHPAD et l’utilisation d’une caméra ».

Le Dr Marie-Laure Nouvellon-Archambault, généraliste, note, du côté des points positifs, que « le système oblige à faire des descriptions assez fines des lésions, permet d’approfondir ses connaissances en dermatologie et crée une émulation professionnelle ». De plus, « la consœur dermatologue répond très vite aux demandes d’avis : c’est un gros avantage pour le patient. Et si le cas est grave, elle le prend en charge rapidement ». Au titre des points négatifs, le Dr Nouvellon-Archambault regrette la complexité du système COVOTEM et la difficulté qu’il y a « à transmettre des photos », si l’on n’est pas féru d’informatique. « Par ailleurs, aller chercher les réponses aux questions posées sur la plate-forme prend du temps, en l’absence d’alerte pour le généraliste. Pour obtenir une réponse, on doit retourner à la pêche sur COVOTEM. Il faut également parfois consacrer beaucoup de temps, non rémunéré, à un dossier ».

Le Dr François Guillemont, autre généraliste expérimentateur, rappelle que « les échanges de télémédecine « sauvages » existaient déjà avec le Dr Dupuis-Fourdan avant l’expérimentation. Elle recevait régulièrement de moi des mails non sécurisés avec des photos qui ne mentionnaient pas le nom du patient. Ce système me convenait, car le Dr Dupuis-Fourdan répondait déjà rapidement. Le dispositif actuel est plus opérationnel, car l’échange est sécurisé et le dermatologue rémunéré. L’outil COVOTEM fonctionne bien, mais doit être amélioré au plan ergonomique. Il faudrait en effet que le généraliste soit prévenu des messages qu’il reçoit, qu’il sache quand le dermatologue a répondu et qu’il puisse disposer d’un document final à archiver dans le dossier patient, en vertu du principe de traçabilité. Le système ne pose pas de problème dès lors qu’il s’agit d’un simple aller-retour d’informations. Les choses se compliquent en cas de demande complémentaire de la part du spécialiste. Il faut donc instaurer une alerte systématique pour chaque e-mail échangé, ainsi qu’un document final. Par ailleurs, il serait souhaitable de rémunérer le généraliste, qui consacre du temps à cette télé-expertise, rend service au patient et fait faire des économies à l’Assurance maladie ».

En conclusion, si les médecins interrogés jugent plutôt positive l’expérimentation sur le plan de la qualité et de la rapidité des soins, ils estiment que cette expérimentation doit pouvoir être améliorée et facilitée en trouvant une solution aux problèmes suivants :

  • Le maniement et l’ergonomie de l’outil COVOTEM, qui ne semble pas si simple d’utilisation pour des médecins peu férus d’informatique.
  • Le défaut d’alerte mail du généraliste pour toute sollicitation.
  • L’absence ou la difficulté du recueil du résumé final pour chaque dossier « bouclé ».
  • La nécessité de rémunérer le généraliste, qui consacre autant, voire plus de temps, que le dermatologue au dispositif de télé-expertise.