Libre propos : Constat amer…

À partir de ce numéro de sa newsletter, l’URPS-ML se propose de publier des prises de positions, réactions ou propositions émanant de médecins libéraux. Ces libres propos, qui n’engagent bien sûr que leurs auteurs, ont vocation à alerter et à ouvrir le débat sur les préoccupations et conditions d’exercice de la médecine libérale dans la région.

Voici le texte envoyé par le Dr Pascal Laclaire, médecin généraliste à Boynes (45) sur la démographie médicale.

« Il est bien sûr plus facile de constater que de prévoir, mais il me semble que la gestion de la démographie médicale est un fiasco monumental qui va entraîner des conséquences graves. Depuis 30 ans, les décideurs (politiques, administratifs, professionnels…) ont organisé une pénurie de médecins pour des raisons économiques erronées : OUI, un médecin = un chiffre d'affaire, des prescriptions de médicaments et de soins paramédicaux. MAIS, tout ceci au bénéfice des patients. Supprimer un médecin ne supprime pas les patients !

La pénurie est bien là comme prévue et voulue donc. Les déserts médicaux ne sont pas uniquement dans les campagnes ! Les villes sont également touchées par ce manque d’effectifs, les postes hospitaliers sont vacants. Et toutes les villes vont finir obligatoirement par être touchées, les villes du sud de la France, que l'on dit plus richement dotées, vont subir le même sort.

La médecine générale est lourdement déficitaire et nous n'avons pas fini de creuser ce déficit : la génération qui prend sa retraite en 2017 est une génération à effectif élevé (numerus clausus à 8 600) et elle ne peut être remplacée que par la génération de 2006 ou celle 2007 (numerus clausus de 7 000) : il manque 1 600 médecins de plus par an ! Et ceci va se poursuivre pendant encore 6 à 7 ans, avant de voir les générations à plus faible numerus clausus partir en retraite*. Voici le constat amer.

Et maintenant le cri d'alarme :

Ce que je vis à Boynes : après 31 ans d'exercice en association à 2 médecins généralistes, je me retrouve seul pour prendre en charge les 2 patientèles et la gestion du cabinet médical. Autant dire que c'est impossible ! Impossible également de compter sur les collègues déjà en difficulté majeure. Dans un rayon de 10 km : - 3 MG sur 9 à Pithiviers, - 1 sur 2 à Beaumont-du-Gâtinais et au moins 3 nouveaux départs dans les 2 à 3 ans (Boiscommun, Puiseaux, Pithiviers) !

Vous chargez la barque de plus en plus avec vos idées d'énarque :

- La prévention ! Il n'y a plus de médecine préventive depuis longtemps, mais comme il faut rester politiquement correct, la MSA et le RSI se doivent de dépenser leur budget prévention, et ils se déchargent sur les médecins généralistes libéraux, bien sûr.

- L'hospitalisation à domicile ! Quelle belle idée pour libérer les lits d’hôpitaux, mais existe-t-il des médecins d'HAD au lit du malade ? Non, il y a une coordination à distance et c'est le généraliste libéral qui supporte les appels supplémentaires.

- La télémédecine ! Oui, bien sûr, nous avons l'outil informatique, mais c'est totalement chronophage et le temps nous manque déjà**.

L'alerte est donnée, la barque ne va pas tarder à couler. L'urgence est immédiate, alors toutes les mesures à effet retardé sont peut-être bonnes à prendre, mais ne changeront pas l'urgence aujourd’hui ! Je ne vois qu'une seule bouffée d'oxygène possible pour la médecine générale : libérer tous les internes 2 journées par semaine pour venir dans nos cabinets exercer en tant que collaborateur. Ils goûteront à l'exercice si particulier du colloque singulier du médecin avec son patient et au paiement à l'acte qui valide cette relation. Ils seront enfin libérés de la lourdeur hiérarchique, ils auront envie de s'installer en libéral ».

*Note de l’URPS-ML : Le numerus clausus est passé en région Centre de 2 % à 4 % des postes, notamment sous l’impulsion de l’URML (Union régionale des médecins libéraux), ancienne appellation de l’URPS-ML.

**Note de l’URPS-ML : Ce constat n’est pas toujours celui que dresse l’URPS-ML, au vu des résultats de l’expérimentation de télé-avis en dermatologie soutenue par l’URPS et qui montre un réel gain de temps pour les médecins, à condition que l’outil informatique choisi soit amélioré.